Quel avenir pour la culture?

Salle de théâtre vide #confinement

La culture se déconfine progressivement. Elles ont été les premières à devoir fermer. Elles seront les dernières à rouvrir. Un coup dur évident pour toutes ces structures qui vivent du partage et de la communion avec le public.

Un certain nombres de sorties sont désormais possibles, dans la rigueur des mesures sanitaires obligatoires. Pour autant, c’est déjà un bon début, l’impression de voir le bout du tunnel pour certains et l’espoir de rouvrir bientôt pour d’autres. 

Ainsi, musée, galerie d’art, monuments, zoos, cafés, bars, restaurants sont sortis du confinement. Mais théâtres, salles de spectacles, de concerts, cinéma sont toujours en attente d’une réouverture. Si certains ont la possibilité d’ouvrir partiellement pour des résidences, des répétitions de spectacles, les autres attendent encore de connaître les directives du gouvernement. Car, comme le souligne Loïc Laborde, chargé de communication à l’Ampli (salle de concerts à Billère), « c’est un flou artistique! ». Le gouvernement n’ayant pas encore statué sur les dates et les conditions de réouverture de ces établissements, chacun est dans l’attente, oeuvrant en coulisse en vue de la réouverture tant attendue, imaginant des solutions pour recevoir le public dans les meilleurs conditions sanitaires possibles, espérant une amélioration conséquente dans les mesures de distanciations actuelles qui les obligeraient à perdre le 1/3 de leur jauge originelle. Un enjeu économique de taille pour ces structures qui, non seulement, ont vu leur chiffres d’affaires s’effondrer totalement mais craignent pour celui de l’année à venir qui serait drastiquement rabaissé dans de telles conditions. 

Alors, comme nous l’explique Carole Rambaud, Directrice de l’Espace Pluriels, théâtre à Pau, chacun tentent de trouver des solutions pour palier ce manque à gagner et continue de faire preuve de créativité pour se renouveler: «  Nous travaillons sur plusieurs scénarios. Nous réfléchissons par exemple à une présence prolongée des spectacles ou bien à compléter le projet par une projection de retransmission. Nous nous sommes aussi tous retrouvés au niveau de l’agglomération pour se concerter, structures et partenaires, et envisager la rentrée ensemble, trouver des solutions collectives. Pourquoi pas ne pas jouer dans des lieux où la jauge serait plus importante que la nôtre? » Et oui, car dans les conditions actuelles, l’Espace Pluriels verrait sa jauge passer de 220 places assises à 55 , au mieux 73. L’Espace James Chambaud passerait de 300 places assises à environ 100 places. Quant au Zénith, sa capacité d’accueil en places assises tomberait de 4400 places à environ 1500 places. Ces quelques exemples pour vous donner l’ampleur des pertes qui seront induites par les mesures de distanciations et auxquelles chaque structures est pendue. 

Alors que ces structures étaient fermées au public pendant plusieurs mois, le personnel s’est activé en coulisse pour trouver des solutions aux problèmes courants et à venir. Seules la techniques a finalement été mise au chômage partiel. Et, alors que cette période est le moment où la saison à venir se finalise, il a fallu gérer les annulations de spectacles, appeler toutes les compagnies / artistes / producteurs… pour trouver des dates de reports et composer la saison d’après.
Les salles de spectacles, pour la plupart ont réussi à reporter les spectacles prévus. Pour quelques rares dates, ce seront des annulations pures et simples pour des raisons variées. L’Espace James Chambaud, Théâtre de Lons, devait par exemple recevoir un groupe américain, en tout début de saison  qui hésite encore à maintenir ou annuler sa tournée. Au Zénith, 8 dates ont été annulés parce qu’il faut jongler avec les disponibilités des artistes, celles de la salle, de la cohérence de la tournée, des craintes des producteurs… Ces annulations ou reports sont un manque à gagner immédiat qui vient grever le chiffre d’affaires de chacune des structures culturelles. Pour autant, comme le mentionne Jean-Marc Gonzalez, directeur de l’Espace Chambaud, « cela vient enrichir la saison prochaine ». Marie-Anne Michaud, directrice du Zénith confirme: « la saison est overbookée ». Mais un autre problème se pose, comment gérer une billetterie dont la jauge va être tronquée?
Les Fouteurs de joie qui devaient se produire à l’Espace James Chambaud le 20 Mars sont reportés au 20 Novembre. Toute les places étaient vendue (300) selon la jauge maximale du théâtre. Mais avec les distanciations sociales obligatoires, il va falloir trouver des solutions pour satisfaire dans le cas où peu de remboursement seraient demandés par les détenteurs de places. Cette configuration rend également très énigmatique la tenue des spectacles du Zénith car, comme le souligne Marie-Anne Michaud, certains producteurs préfèreront annuler des dates, voire la tournée entière plutôt que de faire jouer leurs artistes à perte devant un public clairsemé. « Si le chiffre d’affaires pour le producteurs n’est pas suffisant, ils risquent de reporter. La profession est très touchée » rappelle la directrice.

Pour préserver au maximum cette profession, non seulement les reports ont été privilégiés, quand c’était possible, ils ont mêmes été faits, dans la mesure du possible, sur la même année civile pour limiter la casse au maximum mais la promotion des gros événements se fait en pricipe 6 mois à l’avance. Toute les structures étant aujourd’hui dans le flou, aucune promotion ne peut être envisagée.  Alors certains se sont penchés sur des formes artistiques « Covid-compatibles », même si, Jean- Marc Gonzales, le rappelle « cela ne doit pas être une clé d’entrée car on ne doit pas perdre en qualité artistique ». Pour autant, Carole Rambaud de l’Espace Pluriels tente dans la mesure du possible de voir avec chaque compagnie si, en cas de nouvelle apparition de l’épidémie, ils seraient en mesure de proposer une alternative ou une autre forme, avec des casque, à distances, toujours en accord avec les artistes. « Chaque projet est étudié au cas par cas car, même si tous ces artbitrages augmentent les frais, ils induisent également des recettes qui répondent à la venue des artistes et permettent de garder le contact ». 

Les salles de concerts sont également particulièrement touchées par cette situation et doivent aussi se réinventer en attendant une prochaine ouverture encore non programmée. L’Ampli a donc imaginé avec la mairie de Pau, les PCP et A tant rêver du Roi, une fête de la musique en live streaming. 3 heures de concerts gratuit pendant lesquels plusieurs groupes se produiront. Le concert sera diffusé en live par internet.

A l’image des salles de spectacles, certains concerts ont dû être annulés quand d’autres sont reportés. Loïc Laborde l’affirme « On va démarrer la rentrée sur les chapeaux de roues! Et pour ramener des gens dans nos murs, on va voir pour développer les afterworks, valoriser les tarifs de groupe. On est obligé de tout repenser différemment. C’est à la fois stimulant et intéressant. Il faut garder la foi». En effet, la configuration de  ce type de salles de concerts est encore plus impactée par les mesures de distanciations sociales puisqu’il faut compter 4m2 par personne. La jauge de l’Ampli se rétrécit ainsi comme peau de chagrin passant de 400 places debout à 50 à 60 places maximum. Et lorsqu’on lui demande ce qu’il pense des bars à ambiance musicale qui ont déjà l’autorisation de rouvrir mais qui, pour certains, ne respectent pas forcément les mesures sanitaires imposées, il ne s’insurge pas pas. « Ils agissent en leur âme et conscience. Nous sommes sensibles à l’accueil du public. ça a du sens pour nous. On veut le meilleur pour notre public et l’équipe. On préfère s’abstenir plutôt que de risquer la santé des uns et des autres. » Car tous, salles de spectacles et de concerts, sont prêts à accueillir le public, les artistes et le personnel selon les conditions imposées: sens de circulation adapté, gel à disposition, 4m2 de distanciation pour les formes debout, 1m de chaque côté pour les configurations assises… Le niveau de contraintes est élevé, voir même envahissant en termes d’organisation de travail, du matériel nécessaire, de la désinfection des salles. Mais chacun souhaite accueillir son public avec sérieux.

La situation est fragile et l’avenir les inquiètent: quelle sera la réaction du public? Quelle sera sa disponibilité psychologique au moment de la réouverture? Quel niveau de jauge leur sera accordé?  Aujourd’hui la principale problématique est de « travailler sur différentes hypothèses, se projeter dans l’inconnu sans connaître les règles du jeu » pour l’Espace James Chambaud, « de devoir faire et défaire en permanence le travail effectué» pour le Zénith.

Mais tous s’accordent à dire qu’ils ont grand espoir en leur clientèle et plus largement dans le public palois. Pour ceux qui le souhaitent, les remboursements seront possibles, sans aucune conditions ni justifications. Pourtant, certains se sont déjà manifestés, arguant que par solidarité pour leur salle, ils ne se feront pas rembourser. « C’est une période propice aux solidarités et à l’entraide car nous oeuvrons tous pour la culture. Alors nous nous entraidons avec nos moyens » remarque Jean-Marc Gonzales.

Le cinémas vont rouvrir leurs portes au public dès le 22 Juin. Une dernière étape sans doute avant l’accord d’ouverture à toutes les autres structures culturelles qui malheureusement n’oeuvrent pas en cette période et pour lesquelles il faudra attendre la rentrée culturelles pour revoir enfin du spectacle vivant.

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